Si la jarre de Biot domine souvent les conversations, la jarre de Fréjus est son égale en noblesse et en histoire. Produite dans la basse vallée de l’Argens, elle se distingue par un savoir-faire technique unique et une esthétique qui lui est propre.
Voici les critères essentiels pour identifier une authentique jarre de Fréjus ancienne et comprendre sa fabrication.
1. La technique de la corde : l’empreinte du façonnage
L’une des caractéristiques les plus fascinantes des jarres de Fréjus est leur mode de fabrication. Contrairement aux petites pièces tournées, les grandes jarres étaient souvent façonnées grâce à la technique de la corde.
- Le principe : Le potier enroulait une corde de chanvre autour d’un gabarit en bois avant d’y appliquer l’argile. Une fois la pièce séchée, le bois était retiré et la corde, en se consumant ou en étant retirée, laissait une trace.
- L’indice visuel : À l’intérieur d’une jarre de Fréjus ancienne, on peut souvent observer de légères stries horizontales régulières, témoins du passage de la corde. C’est le signe d’un travail artisanal monumental.
2. Le vernis : une signature esthétique
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les jarres de Fréjus ne sont pas toutes brutes. Beaucoup présentent un vernis protecteur (glaçure) qui servait à l’origine à l’étanchéité pour la conservation des huiles ou des denrées.
- Le col émaillé : On retrouve souvent un vernis qui recouvre le col et s’arrête net ou coule légèrement sur l’épaulement.
- Les couleurs : Le vernis de Fréjus tend vers des teintes miel, ambre ou vert olive profond. Contrairement au jaune « paille » très clair de Biot, le vernis fréjusien est souvent plus dense et riche en nuances, lié à la composition de l’argile locale riche en oxydes de fer.
3. Une silhouette « en bustier » et des proportions élégantes
La jarre de Fréjus se reconnaît par sa structure plus architecturale que sa cousine biotoise. Elle présente souvent une forme dite « en bustier » :
- L’épaulement est haut et bien marqué.
- Le corps s’affine de manière plus droite vers une base souvent plus étroite que celle des jarres de Biot, lui donnant une allure plus élancée et majestueuse.
4. Les estampilles et le monogramme IHS

L’élément de preuve ultime reste l’estampille frappée dans l’argile fraîche. Les potiers de Fréjus utilisaient fréquemment des marques symboliques :
- Le monogramme IHS : (Iesus Hominum Salvator). Très fréquent sur les pièces anciennes (XVIIe et XVIIIe), ce sigle religieux est souvent inscrit dans un cercle ou surmonté d’une croix. (à noté, d’ autre estampille existe)
- Positionnement : Ces sceaux se trouvent généralement sur l’épaule de la jarre. Une pièce peut arborer plusieurs estampilles identiques répétées tout autour du col pour un effet décoratif.
5. La terre de l’Argens : une patine unique
La terre cuite de Fréjus possède une signature géologique. Issue des sédiments de la vallée de l’Argens, elle offre après cuisson :
- Des teintes allant du beige rosé au rouge brique.
- Une texture qui, avec le temps et l’exposition, développe une patine grise ou argentée magnifique, surtout sur les parties non vernissées.
Conclusion
Une jarre de Fréjus ancienne est le mariage parfait entre la force de la terre vernissée et la technicité du travail à la corde. Qu’elle porte le sceau IHS ou qu’elle arbore un col miel profond, elle reste un témoin privilégié de l’art de vivre provençal.
Pourquoi l’expertise individuelle est-elle indispensable ?
Comme pour les Jarres de Biot le prix d’une jarre de fréjus n’est pas standardisé. Sa valeur peut varier du simple au triple selon des critères que seul l’œil d’un spécialiste peut déceler : état structurel, rareté de la forme ou qualité du vernis..







